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La biodiversité forme un réseau complexe
d’écosystèmes qui assurent le fonctionnement naturel de la vie sur terre
et procure une multitude de services à l’homme. Plus un écosystème est
diversifié, plus il est productif et plus il est résistant aux
perturbations. Ce dernier aspect montre à quel point sa préservation est
importante dans le cadre des changements climatiques et des pollutions
que subit la planète.
Si les ressources
biologiques représentent un intérêt écologique pour la communauté, la
valeur économique de la biodiversité est également de plus en plus mise
en avant.
Enfin, la
biodiversité est aussi devenue un miroir de nos relations avec les
autres espèces vivantes, une vue éthique avec des droits, des devoirs,
et une nécessité éducative.
La Belgique doit
concrétiser une série d’engagements décidés au niveau européen ou
international. Au Sommet de la Terre de Rio (Juin 1992), sous l'égide de
l'ONU, ainsi qu’au Sommet Mondial du Développement Durable de 2002 à
Johannesburg, tous les pays ont décidé au travers d'une convention
mondiale sur la biodiversité de faire une priorité de la protection et
de la restauration de la diversité du vivant, considérée comme une des
ressources vitales du développement durable.
Lors du sommet européen de Göteborg en
2001, l’accord sur «Une Europe durable pour un monde meilleur » s'est
fixé comme objectif d’ enrayer la perte de la biodiversité en Europe
d’ici 2010.
Malgré cela, la
biodiversité continue de s’appauvrir : en Belgique, 1/3 des espèces
vivantes sont menacées de disparition.
Alors
que la campagne se mue progressivement en un "désert vert"
(monocultures, utilisation intensive de produits phytosanitaires,
disparition des haies, réduction des espaces naturels, …), la ville et
sa périphérie recèlent encore une biodiversité inattendue. La région de
Bruxelles en est un exemple remarquable : au contraire des idées reçues,
elle dispose encore d’un patrimoine naturel riche en espèces animales et
végétales. Mais il est grand temps de le protéger !
L’amélioration du cadre de vie nécessite des mesures pour sauvegarder
l’environnement naturel et le paysage.
Le souci de respecter, puis
de restaurer et de promouvoir cette biodiversité partout dans notre
ville, dans les espaces aménagés ou non, sur les toits, sur les façades,
dans les jardins, doit conditionner tous les aménagements futurs et doit
être présent en permanence au cœur des décisions politiques, quelles
qu’elles soient. Il doit devenir au niveau régional une priorité et une
réalité dépassant le stade des discours. Ceci constitue un devoir pour
notre génération par rapport aux générations futures. La préservation de
la faune et de la flore ne peut se limiter aux réserves naturelles ou
aux forêts d'Amazonie. Elle commence directement sous nos yeux, quelque
part sur notre balcon.
20 Propositions concrètes
pour une Politique générale de préservation de la biodiversité à
Bruxelles.
1.
Réalisation des maillages vert et bleu prévus par le PRD.
La
conservation et la reconstitution des maillages vert et bleu est une
notion fondamentale qui doit se concrétiser dans les textes, les cartes
et les faits. La fragmentation exponentielle des zones semi-naturelles
et autres espaces verts de fait est la principale cause de l’érosion de
la biodiversité dans notre Région et dans le monde.
Alors que le principe des maillages vert
et bleu est bien posé dans les plans directeurs ( priorité 9.4 du PRD.
maillage vert et bleu : un outil d’intégration urbaine), nous assistons
à la destruction systématique des espaces semi-naturels et des
connexions écologiques indispensables à la survie du maillage
écologique, car aucune valeur réglementaire n’a été attribuée à la carte
d’évaluation biologique de l’IBGE (2001), pourtant reprise dans le PRD
et le PRAS.
La lecture du PRAS,
en pratique, se fait uniquement par zones, sans tenir compte de la
prescription 0.6 de préservation des intérieurs d’îlots, ni de la
prescription 0.2 qui permet la réalisation d’espaces verts dans toutes
les zones sans restriction, notamment pour la réalisation du maillage
vert.
2.
Ordonnance Nature. Mise en œuvre et suivi des zones Natura 2000 et des
réserves naturelles.
Un projet d'ordonnance relatif à la
conservation de la nature est en cours de finalisation, il permettra
déjà une certaine protection des ZSC Natura 2000 et des réserves
naturelles. Les ZSC Natura 2000 doivent être préservés d’urgence par la
concrétisation des plans de gestion, la sensibilisation des autorités
communales et des propriétaires, le respect des objectifs de
conservation lors de l’aménagement de ces zones ou lors des projets sur
les zones contiguës ou proches. Une cartographie précise du maillage
vert et bleu, à valeur normative, devrait se concrétiser également
rapidement sur base de cette ordonnance.
3.
La carte de valeur
biologique de Bruxelles Environnement doit acquérir une valeur
réglementaire.
Les Zones noyaux,
de développement et de connexions du maillage doivent être respectées
dans les aménagements, les plans et les permis pour favoriser ou recréer
les connexions indispensables pour la survie du maillage écologique. Les
zones noyaux doivent être protégées par des zones « tampons » ou de
lisières écologiques pour qu’elles conservent ou deviennent des réserves
de biodiversité.
4.
Préservation des intérieurs
d’îlots.
Les intérieurs
d’îlots représentent une partie très importante (40 %) des zones vertes
à Bruxelles et jouent un rôle essentiel dans le maillage vert. Malgré
les bonnes dispositions prévues par le PRAS, nous constatons que l’état
général de ceux-ci continue à se détériorer. L’emprise du bâti,
l’imperméabilisation des sols, la disparition des végétaux et des arbres
dans les intérieurs d’îlots constituent la plus grave atteinte portée à
la biodiversité et au maillage vert de ces dernières années. La
fragmentation, une des premières causes de disparition de la
biodiversité, est encore plus à craindre dans une Région citadine où les
zones naturelles sont de petite superficie et isolées. BN demande au
Gouvernement de prendre des mesures législatives efficaces de protection
des intérieurs d’îlots.
5.
Maillage bleu.
BN demande une gestion écologique des
cours d’eau, des zones humides et des étangs. A cette fin BN propose
d’organiser des « Contrats de ruisseaux » pour les cours d’eau, en
collaboration avec les Communes, les associations et les autres Régions,
afin de répondre, à court terme, à la « Directive européenne Cadre
Eaux ». Le contrat de ruisseau serait un système similaire aux contrats
de rivière, adapté à la situation bruxelloise
6.
Gestion écologique différenciée des
espaces publics en privilégiant les espèces indigènes.
La gestion écologique et différenciée,
pratiquée par Bruxelles Environnement dans les Réserves naturelles
Régionales, devrait être généralisée pour tous les espaces publics ou
para-publics, y compris les parcs, les cimetières, les sentiers ou les
bermes des routes. Une gestion différenciée conservant une végétation
spontanée et les herbes folles appelées « mauvaises » sera favorable à
l’avifaune ou à l’entomofaune locale. Le maintien et la gestion par
fauchage limité, à l’instar de ce qui se fait sur certaines bermes
d’autoroutes, pourrait s’envisager à condition d’informer le public de
son utilité.
Le développement des opérations « nature
au jardin » est à encourager pour inciter les propriétaires privés à
modifier leur comportement et à privilégier la gestion naturelle de
leurs parcelles. Des primes, visites, concours peuvent rendre ces
opérations plus efficaces pour un plus large public.
Le
respect de la réglementation interdisant l’usage des pesticides sur les
lieux publics et son élargissement à toutes les zones vertes du PRAS
doivent être mises en œuvre impérativement.
7.
Abandon des pesticides.
L’usage des
pesticides doit être abandonné, ceux-ci sont responsables de la
disparition des insectes butineurs et des amphibiens, ils perturbent les
métabolismes du vivant.
Bruxelles Nature
soutient la position du PAN Belgium (Pesticide Action Network). Ce
dernier demande d’une part le renforcement des interdictions d'usage des
pesticides, une réglementation plus sévère de la vente aux particuliers
et des mesures de contrôle de la publicité, et insiste d’autre part, sur
la nécessité de sensibiliser la population aux dangers liés à l'usage de
ces produits par le biais de campagnes d'information visant tant les
gestionnaires publics que les citoyens. En matière agricole, BN
recommande une transition vers des cultures biologiques.
8. Plantes
exotiques envahissantes (dites invasives).
BN recommande un
plan d’action coordonné à l’échelle régionale qui doit combattre
l’extension des espèces exotiques envahissantes. Ce plan doit comprendre
à la fois des mesures élémentaires de précaution lors des travaux de
construction et de terrassement (véritable aubaine pour la dissémination
des plantes invasives), des mesures d’information de la population et
des mesures d’éradication efficaces.
9. Un aménagement durable du territoire.
Une vision globale de l’aménagement du
territoire doit favoriser la rénovation et la réhabilitation de tous les
logements et immeubles vides avant de « consommer » de manière
irrationnelle, les derniers espaces semi-naturels et les friches,
espaces verts de fait pour la flore et la faune sauvages de la Région.
La politique actuelle aboutit à une urbanisation excessive, à un
gaspillage des sols et à une perte irréversible de la biodiversité. La
conservation des derniers espaces semi-naturels est une condition d’un
développement durable de la ville. En cas de nouvelles destructions, un
régime de compensation par restauration ou création de nouveaux espaces
semi-naturels doit être envisagé pour maintenir l’équilibre du maillage
vert.
* exemples : projets sur le
plateau d’Avijl et le plateau Engeland à Uccle, projets Chaudron/Erasme,
New Bordet et Piste de ski couverte à Anderlecht, …
10.
Elaboration d’une législation en soutien
de la conservation et de la gestion des zones vertes du PRAS/PRD.
BN demande la mise en œuvre de moyens
légaux devant assurer la protection efficace des zones vertes. Cette
législation doit prévoir des sanctions pour tout type d’atteinte
(actuellement, seuls les cas les plus flagrants font éventuellement
l’objet de poursuites) et surtout des incitants à leur mise en œuvre
(incitants fiscaux, aides de la Région pour la gestion,…).
Actuellement, seuls les travaux pour
lesquels un PU est obligatoire peuvent faire l’objet de conditions
strictes. Par contre, tout autre destruction des valeurs biologiques
existantes n’est pas sanctionnée (modification de la végétation,
aménagement des cours d’eau et des plans d’eau, pesticides, élagages
sévères, …).
Cette législation doit être respectée par
tous les acteurs tant privés que publics, y compris la STIB, par
exemple.
11.
Préservation / restauration de la strate
arbustive.
Le milieu buissonnier n’existe presque
plus dans la Région. Les dernières haies bocagères, vestiges des espaces
ruraux cultivés sont menacées d’extinction par des projets immobiliers
(ex : Plateau Engeland). Aucune mesure de protection spécifique ne leur
est consacrée alors qu’elles constituent des milieux extrêmement riches
pour la faune et la flore locale. Bruxelles Nature demande une
protection efficace des derniers bocages et l’encouragement de la
plantation de cette strate arbustive (en variétés indigènes), tant dans
les espaces publics (parcs) que privés (jardins).
12.
Talus de chemins de fer
Bruxelles Nature demande
l’élaboration par la SNCB d’un
plan de gestion cohérent et à vocation écologique pour l’ensemble des
talus de chemin de fer. Ce plan
est primordial, car les talus du chemin de fer jouent un rôle essentiel
dans le maillage vert. Il devrait tenir compte tant des besoins et
réalités techniques de la SNCB que de la valeur biologique des zones
considérées et être imposé par le PRAS.
13. La conservation des derniers
potagers et zones agricoles de la Région.
Témoins d’un passé rural,
les derniers potagers ont une fonction
sociologique indispensable et sont une source alimentaire de proximité
pour les citadins, dans le cadre des Groupes d’achats solidaires (GAS)
par exemple.
BN demande de les préserver et de les
pérenniser en privilégiant une culture sans pesticides.
En matière de zones agricoles, Bruxelles
Nature demande de promouvoir et de subventionner une transition vers des cultures biologiques.
14. Mesures urbanistiques
favorables au maintien de l’avifaune et des chauves-souris
Des mesures urbanistiques simples doivent
être prises pour le maintien et la conservation de l’avifaune et des
chauves-souris. L’inclusion de briques creuses favorise les espèces
cavernicoles en régression à Bruxelles (moineau, rouge-queue, martinets,
etc.).
Bruxelles Nature demande l’insertion d’une interdiction générale
d'élagage ou d’abattage d’arbres entre le 1er mars et le 15
août, période de nidification. Cette interdiction doit aussi figurer
dans le Règlement Régional d’Urbanisme et systématiquement dans tous les
cahiers de charges et permis d’abattage. BN demande la protection des
arbres âgés ou à cavités sur tout le territoire. De même les
installations désaffectées sont à prendre en considération, elles
constituent souvent des refuges pour la faune.
15.
Promenade Verte également connexion
écologique.
L’aménagement de la Promenade Verte
Régionale doit se réaliser en partenariat avec les associations locales
concernées. La conception doit non seulement viser les fonctions
récréatives et sociales mais également, et de façon équilibrée, la
fonction écologique. Pour ce faire, il faut avant tout conserver et
réhabiliter les zones et éléments de haute valeur biologique existants.
Exemples : Walckiers, Vallée du
Vogelzangbeek, etc. La fonction sociale de déplacement ne peut pas se
faire au détriment de la biodiversité.
16. Mise en application de la
Convention européenne du paysage
La Convention européenne du paysage,
dite Convention de Florence, a été ratifiée par la Région le 13 février
2003. Les parties signataires reconnaissent juridiquement le paysage
comme une composante essentielle du cadre de vie des populations,
expression de la diversité de leur patrimoine culturel et naturel, et
fondements de leur identité. La mise en œuvre des politiques du paysage
visant la protection, la gestion et l’aménagement des paysages et leur
intégration dans les politiques d’aménagement du territoire,
d’urbanisme, environnementales, culturelles, sociales et économiques
n’a jamais été effective.
BN demande mise en œuvre effective et
urgente de la Convention européenne du paysage dans la Région de
Bruxelles-Capitale au travers d’une coordination de cette convention
entre les ministres de l’environnement et de la préservation de la
nature, des Monuments & Sites (patrimoine vert et bâti), de
l’aménagement du territoire, de l’agriculture
17. Sensibilisation et éducation du public.
BN demande de promouvoir le
développement d’un réseau performant pour l’éducation à l’environnement
et la nature (C.R.I.E.), et le soutien aux associations ayant inscrit
dans leurs statuts ces objectifs.
18. Police de l’environnement.
De multiples infractions et atteintes à
la Nature et à la biodiversité ne sont ni constatées, ni sanctionnées.
Destructions de zones humides, abattages
en période de nidification, détentions illégales d’animaux, usages de
pesticides demandent des réponses rapides par un organisme qui doit être
créé à cet effet. Celui-ci doit pouvoir intervenir à toute heure.
19. COBAT et Classement
-
Bruxelles Nature demande que l’avis de
la CRMS reste contraignant en toute circonstance.
-
Bruxelles
Nature demande que l’aménagement
du territoire, les plans et programmes, PRD, PRAS, C0bat, rapports ou
études d’incidences, RRU, Commissions de concertation, ainsi que les
permis d’urbanisme et d’environnement, rapports et études d’incidences
intègrent la notion de préservation et d’amélioration de la
biodiversité dans leur législation spécifique et à tous les niveaux
de pouvoir, pour en faire un outil concret et performant.
-
La sensibilisation et le recyclage de tous les acteurs de
l’aménagement du territoire et de l’urbanisme doivent être organisés
systématiquement pour faire de la conservation de la nature et de la
préservation de la biodiversité une politique à part entière.
-
Bruxelles Nature demande que les bureaux d’étude chargés des études
d’incidences soient désignés par les autorités publiques afin de
garantir l’objectivité et l’intérêt général.
-
Les cahiers de charges des études d’incidences, ainsi que les rapports
d’incidence doivent inclure un chapitre relatif à la conservation de la
biodiversité. De plus, les permis d’environnement doivent également
intégrer cette matière.
-
Certaines parties
de sites classés pour leur valeur biologique et paysagère sont
actuellement affectées au PRAS en zone d’industrie ou d’habitat. Nous
demandons d’affecter l’ensemble de ces zones en zones vertes. Nous
souhaiterions aussi voir les Communes et la Région se doter de moyens
financiers suffisants pour pouvoir mener une politique plus dynamique et
plus responsable d’acquisition de zones vertes.
20. La biodiversité n’a pas de prix.
Une politique favorable à la
biodiversité, telle que nous la recommandons, est génératrice de
bien-être pour la population et créatrice d’emplois publics tout en
assurant des économies budgétaires par rapport aux approches
traditionnelles.
Bruxelles Nature est une fédération d’ associations et de comités
d’habitants actifs dans le domaine de la protection de la nature qui
s’est fixé comme objectif, la conservation de l’environnement
naturel et urbain, dans le sens le plus large du terme. Elle défend le
projet d’une ville où l’élément naturel constitue une des composantes
essentielles au même titre que les composantes sociales, économiques,
culturelles de logement ou d’équipement."
Par la sensibilisation tant des habitants que des autorités publiques,
elle œuvre pour la protection et l’amélioration des derniers espaces
de nature libre, la concrétisation des maillages vert et bleu et
l’amélioration de la biodiversité dans la Région bruxelloise.
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