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Ne plantons plus des espèces potentiellement toxiques
pour les abeilles
Le problème de la toxicité
des plantes et/ou de leur pollen vis-à-vis des abeilles est complexe. On
peut le rapprocher des plantes invasives : dans leurs régions d’origine
elles ne posent pas de problème, soit elles ont des prédateurs naturels,
soit les espèces se sont adaptées à leur dangerosité.
Ce pourrait être le cas des
plantes toxiques pour les insectes butineurs. Dans leur biotope
d’origine, ils ont appris - peut-être à leurs dépens - quelles plantes
ne pas butiner sous peine de ne pas en réchapper… C’est une explication
que propose Pierre Rasmont (professeur - UMH -
Laboratoire de Zoologie)
Certaines plantes ont la réputation
d’être toxiques pour les abeilles, généralement la cause est liée au
pollen de l’espèce concernée ou des champignons parasites du pollen,
sans oublier les OGM !
Quelques plantes sont réputées produire
du pollen toxique : l’anémone des bois (Anomone
nemorosa),
la renoncule tête d’or (Ranunculus
auricomus
(Renonculaceae),
le tilleul à larges feuilles
Tilia platyphyllos),
des arbres exotiques comme
Stryphnodendron polyphylum
(Fabaceae),
Dimorphandra mollis
(Caesalpiniaceae)
Pourtant cette anémone et le tilleul à
large feuilles ne semblent pas poser de problème insoluble aux
apiculteurs.
Mais un autre tilleul inquiète les
naturalistes : le tilleul argenté (Tilia tomentosa) de même que
le tilleul de Crimée (Tilia x euchlora). Tous deux font l’objet
d’une controverse. Selon certains scientifiques
, le mannose, présent dans le nectar de ces tilleuls, est responsable de
la mortalité des abeilles. Il manque pourtant la preuve que le nectar
renferme réellement du mannose. Mais, dans les conditions les plus
favorables, les insectes n’avaient eu à leur disposition qu’1/20 de
leurs besoins énergétiques ont constaté d’autres auteurs;
la mort de ces insectes par inanition n’est donc pas à exclure.
En juillet 1990, des mortalités de
bourdons ont pu être observées en différents endroits, principalement
sous des tilleuls argentés et des tilleuls de Crimée isolés. On a pu
dénombrer jusqu’à 200 insectes morts par jour et par arbre. Les sucres
présents dans le nectar de tilleul ont été identifiés par
chromatographie en phase gazeuse. La technique, améliorée par
l’utilisation de tubes capillaires, a permis alors de séparer
complètement tous les sucres. Les premières analyses réalisées n’ont pas
détecté de mannose, résultat confirmé par l’analyse enzymatique.
L’hypothèse de la toxicité du mannose
n’a donc pas pu être démontrée. Mais peut-être que seules certaines
sous-espèces ou certains hybrides présenteraient une toxicité.
Une autre hypothèse est signalée par
plusieurs apiculteurs et reprise sur de nombreux sites internet.
C’est
l’attractivité que l’arbre exerce sur les apidés, y compris lorsqu’il ne
produit pas de nectar suite à une sécheresse. L’arbre agit alors comme
un leurre pour les abeilles et les bourdons qui croient y trouver de la
nourriture et persévèrent dans leur vaine quête, jusqu’à l’épuisement.
Le cas d’hécatombe d’abeilles, mortes de faim ( ?) sous les tilleuls
argentés est cité par de nombreux apiculteurs.
Ainsi à Grez-Doiceau, dans le Brabant
wallon, des tilleuls de la sous-variété ‘Tilia tomentosa ‘Brabant’ ont
été plantés. Les Ecolos
font le commentaire suivant : il est « toxique » pour les abeilles,
bourdons et autres apidés s’il fait trop chaud et sec. Plus il fait
chaud et sec, plus il propage son parfum loin. Mais moins il dispose de
ressources en eau, moins il produit du nectar. Et donc les abeilles ne
meurent pas empoisonnée mais bien de faim. Par contre, s’il est planté
dans un sol riche et frais, il peut être très mellifère permettant une
production de 1200kg miel/ha.
Conclusion : le principe de précaution
doit être appliqué : Il est de toute première urgence que toute
plantation de tilleuls non indigènes soit arrêtée.
Il est à noter aussi que tous les
organismes préconisent la plantation d'essences indigènes. Et là, il
y a une unanimité parmi tous les spécialistes. Voilà un exemple (les
plantations de tilleuls argentés - ndlr) parfait de ce qui se passe
lorsqu'on ne suit pas ce principe élémentaire.
Pierre Rasmont conclut
dans une note nuancée et très documentée
que :
« Tilia tomentosa
(et T. x euchlora), pour des causes mal connues, entraîne une grande
mortalité de plusieurs espèces d'abeilles et de bourdons, et tout
particulièrement pour les bourdons du groupe de Bombus terrestris (B.
terrestris, B. lucorum, B. magnus, B. cryptarum).
Les bourdons sont
très menacés sur le territoire de l'Europe en général et de la Belgique
en particulier.
Parmi les bourdons,
les dernières années ont vu s'effondrer les effectifs de deux des quatre
espèces de ces bourdons, en l'occurence B. magnus et B. cryptarum.
Tandis qu'un phénomène semblable touche deux espèces proches aux
Etats-Unis (B. affinis et B. franklini).
Les peuplements de
l'essence exotique Tilia tomentosa risque de provoquer l'extinction des
petites populations locales résiduelles de ces espèces actuellement
menacées.
En conséquence, la
plantation de Tilia tomentosa (et T. x euchlora) est à déconseiller
fortement dans la Région Bruxelloise ainsi que dans les autres régions
de la Belgique.
Lorsque cela est
possible, on peut recommander la coupe de ces arbres exotiques et leur
remplacement de toute urgence par des essences indigènes.
(1) Notes fauniques de Gembloux 2006 59 (1), 14
http://www.fsagx.ac.be/zg/Sujets_d_actualite/Abeilles/1585.pdf
Le
dépérissement de l’abeille domestique, Apis mellifera L., 1758 (Hymenoptera
: Apidae) : faits et causes probables
Eric Haubruge(1),
Bach Kim Nguyen(1), Joëlle Widart(2), Jean-Pierre Thomé(3), Pascal
Fickers(1) & Edwin Depauw(2)
(1) Faculté
universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux, Unité
d’Entomologie fonctionnelle et évolutive.
Passage des
Déportés 2, B-5030 Gembloux (Belgique).
E-mail :
haubruge.e@fsagx.ac.be
(2) Université
de Liège, LSM – Laboratoire de spectrométrie de masse ; CART –
Centre d’analyse de résidus en trace.
Allée de la
Chimie 3, B-4000 Liège (Belgique).
(3) Université
de Liège, LEAE – Laboratoire d’Ecologie animale et d’Ecotoxicologie
; CART – Centre d’analyse de
résidus en
trace. Allée de la chimie 3, B-4000 Liège (Belgique).
Madel (1977) Vergiftungen von Hummeln durch den Nektar der
Silberlinde Tilia tomentosa Moench.
Bonn Zool Beitr ½ 28,
149-154
Surholt B, Greive H, Hommel Ch, Bertsch A (1986) Fuel uptake,
storage and use in male bumble bees Bombus terrestris
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