BRUXELLES NATURE -  dangers tilleul argenté

Accueil ] Remonter ] étêtage des arbres ] talus sncb ] pollution lumineuse ] affiches rouges ] [ dangers tilleul argenté ]

 

Ne plantons plus des espèces potentiellement toxiques pour les abeilles

Le problème de la toxicité des plantes et/ou de leur pollen vis-à-vis des abeilles est complexe. On peut le rapprocher des plantes invasives : dans leurs régions d’origine elles ne posent pas de problème, soit elles ont des prédateurs naturels, soit les espèces se sont adaptées à leur dangerosité.

Ce pourrait être le cas des plantes toxiques pour les insectes butineurs. Dans leur biotope d’origine,  ils  ont appris - peut-être à leurs dépens - quelles plantes ne pas butiner sous peine de ne pas en réchapper… C’est une explication que propose Pierre Rasmont (professeur - UMH - Laboratoire de Zoologie)

Certaines plantes ont la réputation d’être toxiques pour les abeilles, généralement la cause est liée au pollen de l’espèce concernée ou des champignons parasites du pollen, sans oublier les OGM !

Quelques plantes sont réputées produire du pollen toxique : l’anémone des bois (Anomone nemorosa), la renoncule tête d’or (Ranunculus auricomus (Renonculaceae), le tilleul à larges feuilles Tilia platyphyllos), des arbres exotiques  comme Stryphnodendron polyphylum (Fabaceae), Dimorphandra mollis (Caesalpiniaceae)[1]

Pourtant cette anémone et le tilleul à large feuilles ne semblent pas poser de problème insoluble aux apiculteurs.

Mais un autre tilleul inquiète les naturalistes : le tilleul argenté (Tilia tomentosa) de même que le tilleul de Crimée (Tilia x euchlora). Tous deux font l’objet d’une controverse. Selon certains scientifiques[2] , le mannose, présent dans le nectar de ces tilleuls, est responsable de la mortalité des abeilles. Il manque pourtant la preuve que le nectar renferme réellement du mannose. Mais, dans les conditions les plus favorables, les insectes n’avaient eu à leur disposition qu’1/20 de leurs besoins énergétiques ont constaté d’autres auteurs[3]; la mort de ces insectes par inanition n’est donc pas à exclure.

En juillet 1990, des mortalités de bourdons ont pu être observées en différents endroits, principalement sous des tilleuls argentés et des tilleuls de Crimée isolés. On a pu dénombrer jusqu’à 200 insectes morts par jour et par arbre. Les sucres présents dans le nectar de tilleul ont été identifiés par chromatographie en phase gazeuse. La technique, améliorée par l’utilisation de tubes capillaires, a permis alors de séparer complètement tous les sucres. Les premières analyses réalisées n’ont pas détecté de mannose, résultat confirmé par l’analyse enzymatique[4].

L’hypothèse de la toxicité du mannose n’a donc pas pu être démontrée. Mais peut-être que seules certaines sous-espèces ou certains hybrides présenteraient une toxicité.

Une autre hypothèse est signalée par plusieurs apiculteurs et reprise sur de nombreux sites internet.

C’est l’attractivité que l’arbre exerce sur les apidés, y compris lorsqu’il ne produit pas de nectar suite  à une sécheresse. L’arbre agit alors comme un leurre pour les abeilles et les bourdons qui croient y trouver de la nourriture et persévèrent dans leur vaine quête, jusqu’à l’épuisement. Le cas d’hécatombe d’abeilles, mortes de faim ( ?)  sous les tilleuls argentés est cité par de nombreux apiculteurs[5].

Ainsi à  Grez-Doiceau, dans le Brabant wallon, des tilleuls de la sous-variété ‘Tilia tomentosa ‘Brabant’ ont été plantés. Les Ecolos[6] font le commentaire suivant : il est « toxique » pour les abeilles, bourdons et autres apidés s’il fait trop chaud et sec. Plus il fait chaud et sec, plus il propage son parfum loin. Mais moins il dispose de ressources en eau, moins il produit du nectar. Et donc les abeilles ne meurent pas empoisonnée mais bien de faim. Par contre, s’il est planté dans un sol riche et frais, il peut être très mellifère permettant une production de 1200kg miel/ha.

Conclusion : le principe de précaution doit être appliqué : Il est de toute première urgence que toute plantation de tilleuls non indigènes soit arrêtée.

Il est à noter aussi que tous les organismes préconisent  la  plantation d'essences indigènes.  Et là, il y a une unanimité parmi tous les spécialistes.  Voilà un exemple (les plantations de tilleuls argentés - ndlr) parfait de ce qui se passe lorsqu'on ne suit pas ce principe élémentaire[7].

 

Pierre Rasmont conclut dans une note nuancée et  très documentée[8] que :

« Tilia tomentosa (et T. x euchlora), pour des causes mal connues, entraîne une grande mortalité de plusieurs espèces d'abeilles et de bourdons, et tout particulièrement pour les bourdons du groupe de Bombus terrestris (B. terrestris, B. lucorum, B. magnus, B. cryptarum).

Les bourdons sont très menacés sur le territoire de l'Europe en général et de la Belgique en particulier.

Parmi les bourdons, les dernières années ont vu s'effondrer les effectifs de deux des quatre espèces de ces bourdons, en l'occurence B. magnus et B. cryptarum. Tandis qu'un phénomène semblable touche deux espèces proches aux Etats-Unis (B. affinis et B. franklini).

Les peuplements de l'essence exotique Tilia tomentosa risque de provoquer l'extinction des petites populations locales résiduelles de ces espèces actuellement menacées.

En conséquence, la plantation de Tilia tomentosa (et T. x euchlora) est à déconseiller fortement dans la Région Bruxelloise ainsi que dans les autres régions de la Belgique.

Lorsque cela est possible, on peut recommander la coupe de ces arbres exotiques et leur remplacement de toute urgence par des essences indigènes.

 


 

[1] (1) Notes fauniques de Gembloux 2006 59 (1), 14  http://www.fsagx.ac.be/zg/Sujets_d_actualite/Abeilles/1585.pdf

Le dépérissement de l’abeille domestique, Apis mellifera L., 1758 (Hymenoptera : Apidae) : faits et causes probables

Eric Haubruge(1), Bach Kim Nguyen(1), Joëlle Widart(2), Jean-Pierre Thomé(3), Pascal Fickers(1) & Edwin Depauw(2)

(1) Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux, Unité d’Entomologie fonctionnelle et évolutive.

Passage des Déportés 2, B-5030 Gembloux (Belgique). E-mail : haubruge.e@fsagx.ac.be

(2) Université de Liège, LSM – Laboratoire de spectrométrie de masse ; CART – Centre d’analyse de résidus en trace.

Allée de la Chimie 3, B-4000 Liège (Belgique).

(3) Université de Liège, LEAE – Laboratoire d’Ecologie animale et d’Ecotoxicologie ; CART – Centre d’analyse de

résidus  en trace. Allée de la chimie 3, B-4000 Liège (Belgique).

 

[2] Madel (1977) Vergiftungen von Hummeln durch den Nektar der Silberlinde Tilia tomentosa Moench. Bonn Zool Beitr ½ 28, 149-154

 

[3] Surholt B, Greive H, Hommel Ch, Bertsch A (1986) Fuel uptake, storage and use in male bumble bees Bombus terrestris

 

[4] Apidologie (1991) 22, 431-432 : Facteurs physiologiques, éthologiques et écologiques concernant la mortalité d’insectes sous les tilleuls à floraison tardive http://www.apidologie.org/index.php?option=article&access=
standard&Itemid=129&url=/articles/apido/pdf/1991/04/Apidologie_0044-8435_1991_22_4_ART0007.pdf

 

[7] Prof. Pierre Rasmont - Université de Mons - Laboratoire de Zoologie - Place du Parc 20 - B-7000 Mons (Belgium)

communication  personnelle adressée à Marc Wollast

 

[8] Rasmont (2008) Note de synthèse sur la mortalité des butineurs de Tilia tomentosa  « à qui de droit » 28 janvier 2010